Nous avons vu tant de rosées
En échange de notre sang
Que la terre cent fois brûlée
Nous sait bon gré d’être vivant
François Cheng
Serge Gainsbourg
Rainer Maria Rilke
Nous avons vu tant de rosées
En échange de notre sang
Que la terre cent fois brûlée
Nous sait bon gré d’être vivant
François Cheng
Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l’herbe menue :
Rêveur, j’en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l’amour infini me montera dans l’âme,
Et j’irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
Arthur Rimbaud
Aragon, Aurélien
Alfred de Musset
Tes yeux. Immenses.
Ton regard doux et patient où brûle ce feu qui te consume
Où sans relâche la nuit meurtrit ta lumière.
Dans l’âtre, le feu qui ronfle, et toi, appuyée de l’épaule contre le manteau de la cheminée. A tes pieds, ce chien au regard vif et si souvent levé vers toi.
Dehors, la neige et la brume.
Le cauchemar des hivers. De leur nuit interminable.
La route impraticable, et fréquemment, tu songes à un départ à une vie autre, à l’infini des chemins.
Ta morne existence dans ce village.
Ta solitude.
Ces secondes indéfiniment distendues quand tu vacilles à la limite du supportable.
Tes mots noués dans ta gorge. A chaque printemps, cet appel, cet élan, ta force enfin revenue. La route neuve et qui brille. Ce point si souvent scruté où elle coupe l’horizon. Mais à quoi bon partir. Toute fuite est vaine et tu le sais.
Les longues heures spacieuses, toujours trop courtes, où tu vas et viens en toi, attentive, anxieuse, fouaillée par les questions qui alimentent ton incessant soliloque. Nul pour t’écouter, te comprendre, t’accompagner.
Partir, partir, laisser tomber les chaînes, mais ce qui ronge, comment s’en défaire ? Au fond de toi, cette plainte, ce cri rauque qui est allé s’amplifiant, mais que tu réprimais, refusais, niais, et qui au fil des jours, au fil des ans, a fini par t’étouffer. La nuit interminable des hivers.
Tu sombrais. Te laissais vaincre. Admettais que la vie ne pourrait renaître.
A jamais les routes interdites, enfouies, perdues. Mais ces instants que je voudrais revivre avec toi, ces instants où tu lâchais les amarres, te livrais éperdument à la flamme, où tu laissais s’épanouir ce qui te poussait à t’aventurer toujours plus loin, te maintenait les yeux ouverts face à l’inconnu.
Tu n’aurais osé le reconnaître, mais à maintes reprises il est certain que l’immense et l’amour ont déferlé sur tes terres. Puis comme un coup qui t’aurais brisé la nuque, ce brutal retour au quotidien, à la solitude, à la nuit qui n’en finissait pas.
Effondrée, hagarde. Incapable de reprendre pied.
Te ressusciter, te recréer.
Te dire au fil des ans et des hivers avec cette lumière qui te portait, mais qui un jour, pour ton malheur et le mien, s’est déchirée.
CHARLES JULIET
To these I turn, in these I trust;
Brother Lead and Sister Steel.
To his blind power I make appeal;
I guard her beauty clean from rust.
He spins and burns and loves the air,
And splits a skull to win my praise;
But up the nobly marching days
She glitters naked, cold and fair.
Sweet Sister, grant your soldier this;
That in good fury he may feel
The body where he sets his heel
Quail from your downward darting kiss.
Siegfried Sassoon